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Publié le 20/12/2013 @ 22:00:00 Dans Chroniques
J'avais déjà évoqué par le passé la manière dont certaines idées sont arrivées sur le tapis chez nous, et la manière dont on essaie, tant que faire se peut, de faire participer tout le monde à la réussite et à l'amélioration du produit. Plutôt que d'avoir une ou plusieurs têtes qui pensent pour le produit et imposent leur vision dogmatique, on essaie depuis le début de Freedelity de faire réfléchir et d'engager tout le monde sur le concept.

Cela commence par le coaching chez Solvay Entrepreneurs, qui avec notre POC nous a fait retravailler des dizaines de fois certains écrans. Ca continue avec les premiers commerçants tests sur Nivelles chez qui on a passé un temps précieux pour le fine tuning de la solution. Que ce soit sur l'amélioration de l'interface pour une meilleure compréhension des personnes en caisse, ou de l'ajout au fur et à mesure des statistiques et moyens de communication pour aider le gestionnaire dans son travail de tous les jours.

Alors oui, bien entendu, une partie de ce qui est aujourd'hui sur la plateforme aurait pu venir de brainstorming, mais l'aide et l'inspiration au jour le jour puisée dans l'expérience de vendeurs, de gens du terrain, donne un feedback tellement plus rapide et efficace que ce que des ingénieurs ou théoriciens pourraient imaginer loin de la réalité. Cette technique semble également donner une bien meilleure satisfaction que ce soit de la clientèle que de notre personnel, de par une meilleure implication dans l'outil qu'ils utilisent et vendent, et d'autre part par l'écoute sur ce qu'ils aimeraient voir évoluer dans le produit.

Ecouter, c'est aussi de l'humilité

Difficile pour un graphiste, pour un programmeur, d'accepter la critique sur un travail qui vous a pris des jours, et qui vous a demandé sueur, recherche. Difficile face à quelque chose qui vient de vos tripes et que vous êtes fier de montrer à l'équipe ou un client de prendre une petite claque sur une imperfection, en oubliant quasi toujours la sueur nécessaire pour arriver à ce premier résultat. Et pourtant, c'est à ce moment qu'il est important de souffler profondément, faire preuve d'humilité, et de remettre en question l'un ou l'autre choix que vous avez fait et qui, au final, avec parfois très peu de sueur complémentaire, devient parfait.

C'est en arrivant à cela que la personne à qui vous avez présenté votre résultat s'approprie le résultat et en devient un défenseur, un adepte, et continue à faire vivre l'idée améliorée chez le client ou dans son travail de tous les jours. Parfois, et ce n'est pas rare en fait, d'une petite idée que vous avez mise sur le tapis et développée, grâce à cette appropriation, l'idée est retravaillée par le reste de l'équipe pour en faire quelque chose de fondamental.

Vendre, c'est aussi s'adapter

On a tendance dans des grosses structures à séparer fortement les départements. La vente est une chose, le développement un autre, et le support n'en parlons pas. Et pourtant, un support qui va à un rendez-vous vente pour se rendre compte de la difficulté de la vente, un ingénieur qui fait de même ou se rend en clientèle avec le support pour comprendre que son interface est absolument inadaptée à la réalité du terrain, tout cela est primordial pour un écosystème positif et évolutif.

La caricature du vendeur de base a son produit, qu'il doit vendre, car il est packagé tel quel, et peu adaptatif. Sans accepter de se laisser mener dans des projets insurmontables par les clients, ce qui arrive aussi, laisser parler le client et entendre ses problèmes réels est une source d'inspiration sans fin pour de nouveaux produits. Voila pourquoi je trouve qu'il faut, et cela devrait être systématique dans les entreprises, un pont continu entre les différentes fonctions, des personnes plus transversales qui peuvent diriger les équipes dans la direction la plus adéquate pour son marché, et pour en ouvrir de nouveaux.

Mais on est pas parfaits...

Malheureusement, on reste humains, et parfois dans un mauvais jour, ou submergé de travail, on aura tendance à balayer de la main ce fragile équilibre dans l'équipe. Cela arrive, après tout nous sommes des hommes comme les autres, et certains avec un caractère plus difficile ou trempé que les autres. Et parfois, comme dans tous les vieux couples, le ton monte quelques instants... et vous savez quoi? Souvent, après confrontation, les parties concernées reprennent leurs esprits et travaillent dans leur coin pour trouver une solution qui pourra aider l'autre dans son travail. Et quand ça arrive, c'est comme dans un couple, c'est magique.

En résumé, écouter, c'est pas évident. Ecouter, c'est parfois dur à accepter. Ecouter, c'est pourtant primordial, et tellement enrichissant intellectuellement et humainement.

Sur cette petite note positive, j'en profite pour vous souhaiter à tous et à toutes de très bonnes fêtes, et je vous donne rendez-vous début janvier pour le prochain numéro.

Sébastien
Publié le 13/12/2013 @ 09:00:00 Dans Chroniques
Après la petite digression de Marc dans le billet précédent, partons sur un sujet plus sérieux : l'évolution du commerce, et plus particulièrement le commerce de proximité. Ce billet part d'une réponse que nous avons reçue d'une association de commerçants que nous souhaitions rencontrer afin de leur proposer d'adopter notre système sur leur région. Rien de plus logique, quand on y réfléchit : on propose un service aux commerçants, et une association semble un lieu idéal pour promouvoir des solutions qui peuvent aider ces commerces à progresser.

Je ne vous ressert pas tout notre argumentaire, ni toute notre démo (qui par ailleurs est disponible dans une nouvelle version sur le site http://b2b.freedelity.be - et en néerlandais également). Mais il faut bien comprendre un facteur crucial pour tout commerce qui fait de la fidélité : il ne doit pas en faire juste pour faire plaisir à ses consommateurs. La fidélité, c'est un contrat moral entre le commerçant et son consommateur : d'un côté, le commerçant offre un avantage (remise, points, pourcentage, ...), et de l'autre le consommateur, en échange de cet avantage, accepte de partager quelques informations qui permettront au commerçant de mieux comprendre qui est son consommateur, d'anticiper ses besoins et d'avoir une meilleure vue d'ensemble sur ses ventes et ses rentrées.

Car oui, personne ne s'en cachera : un consommateur est "pisté" (si on veut jouer au paranoïaque), mais dans toutes les fonctionnalités proposées chez nous, et dans la tête de tous les entrepreneurs que l'on rencontre, la personne individuelle n'a quasi aucune importante ; par contre, ce qui est primordial, c'est de pouvoir dégager des tendances et des indicateurs sur la globalité des consommateurs. Sont-ils dans une tranche d'âge 40-45 and ou 20-25 ans ? Sont-ce principalement des hommes ou des femmes ? Reviennent-ils souvent ? Sont-ce des réguliers ? C'est essentiel pour le commerce afin de comprendre comment, avec qui et quand communiquer, et comment évoluer dans son point de vente pour mieux écouler ses produits.

Bref : nous proposons une machine complète, pas juste un jouet pour compter des points. Et la réponse de cette association face à notre demande de rendez-vous a été:

"On ne souhaite pas vous rencontrer car vous travaillez avec des enseignes de la grande distribution".

L'autre, cet ennemi

Malheureusement, pour une (grande) partie des commerçants, le fait que les chiffres ne grimpent pas sont inconsciemment de la faute d'un tiers. Si je ne vends pas, c'est la faute du bourgmestre qui ne crée pas assez de parkings, la faute du grand magasin qui me vole mes clients, ou (lu et véridique !) "la faute des consommateurs qui ne comprennent pas qu'ils doivent faire vivre le petit commerce". Non, mais allô quoi?

On ne peut bien entendu nier toute conjoncture ponctuelle d'éléments externes influencant le comportement du consommateur ; mais si un consommateur, au final, ne va pas dans un commerce donné, c'est parce qu'il trouve le service ou le produit qu'il recherche ailleurs, d'une manière plus convéniente, à de meilleurs conditions, etc. Si j'ai besoin de pain, il m'arrive de l'acheter en grande surface pendant mes courses, mais pour un produit spécifique, comme une tarte "al d'jote", je me précipite chez un artisan. Ceci est un exemple parmi tant d'autres, mais je suis en pleine vie active, et je réduis tant que faire se peut mes déplacements pour optimiser mon temps - chose que la la grande surface m'offre sur un plateau d'argent ! Cependant, il me manquera toujours dans ces grandes surfaces une série de services que je ne retrouverai que dans des magasins (quasi) "de niche" dans un centre ville, et je m'y rends volontiers pour cela.

Durant mon adolescence, il y avait des cybercafés. Plus aucun n'existe. Avant encore, il y avait des barbiers, des loueurs de films, et plein d'autres métiers qui, de par l'évolution de notre société et des technologies, ont disparu aujourd'hui. Et pourtant, de nombreux services continuent à me manquer, et je dois me déplacer à 40 voir 50 kilomètres pour trouver certains produits que je ne trouve pas dans ma région. Certains commerces manquent parfois de créativité, voire sont incapables d'anticiper la demande, mais préfèrent pointer leur doigt sur "l'autre", en se dégager ainsi de leur responsabilité...

Commerce de proximité versus grande distribution

Ces deux mondes semblent vouloir s'affronter ; l'un dans l'indifférence de l'autre, l'autre dans la haine du premier. Et de prendre un refus de discussion pour le simple fait de travailler avec la grande distribution montre une fermeture d'esprit totalement inconsciente et surtout illogique ! Un commerce de proximité n'utilise-t-il par les paiements par carte comme la grande distribution ? N'a-t-il pas droit à une page Facebook ? A un site Internet ? A de la publicité ? A de la communication ? A des statistiques et des analyses de ses ventes ? En quoi un système informatique serait-il différent désservirait-il un petit commerce alors qu'il est utilisé - avec succès - par un acteur plus conséquent ?

Bien sûr, ceci est juste un cas, que je montre en exemple ; cela ne nous est arrivé qu'une fois sur toute notre existence, mais cette réponse résonne encore dans notre tête, et nous pouvons sentir de temps en temps cette peur et cette haine des uns envers les autres alors qu'une bonne, franche et saine collaboration est possible et pourrait déboucher sur d'intéressantes synergies. Encore faut-il vouloir apprendre, vouloir essayer, et vouloir évoluer avec le marché. Ce qui n'est hélas pas donné à tout le monde.

Sébastien
Publié le 04/12/2013 @ 09:00:00 Dans Chroniques
Je vous rassure tout de suite, je n'ai abusé d'aucune substance illicite pour vous pondre un titre aussi improbable. En fait, je voudrais aujourd'hui mettre l'accent sur un facteur essentiel du succès d'une entreprise qui gagne : la complémentarité des talents.

Avant de commencer, petite introduction : je m'appelle Marc, je suis "l'autre" fondateur de Freedelity, et je passe mes journées à jouer avec Photoshop, Powerpoint, Word, Illustrator, de l'HTML, du CSS et du Javascript (c'est une façon détournée de dire que je m'occupe de tout ce qui est graphisme, visuels, design, rédactionnel, communication, marketing et développement UI/Frontend). Pour ce qui est de blog, j'ai déjà souvent relu et corrigé les articles qui y sont postés, mais j'ai pensé qu'il était intéressant pour vous d'avoir une autre opinion sur ces chroniques. Et maintenant que les présentations sont faites, plongeons dans le vif du sujet.

Pour l'anecdote, c'est Sébastien le "psychopathe", car depuis que nous sommes tous les deux tombés sur un article expliquant qu'on trouvait la plus grande proportion de ce genre de personnes chez les CEOs, il a exigé - menaces corporelles à l'appui - d'avoir ce titre sur sa carte de visite. Ceci explique cela, fin de l'anecdote, boum, on continue !

Des chiffres, des chiffres !

Nous vous l'avons déjà expliqué en long, en large et en travers : nous sommes, à l'origine, une boîte de techos, avec un développeur hardcore d'un côté et un créatif de l'autre. Ce qui fait que, malgré nos talents respectifs, nous n'avions - avant Freedelity - que peu d'affinités avec le monde des finances, de la vente, du support ou encore du marketing. Bien sûr, par nos historiques d'indépendants, nous avions déjà un peu touché à tout, mais plus en dilettantes amateurs qu'en véritables professionnels. Et puis, il a fallu apprendre.

Le premier challenge fut de composer avec des personnes capables de comprendre les chiffres. Notre premier business plan tenait sur une demi-feuille A4, et était tellement risible et approximatif que nous nous demandons encore comment il a été accepté par le notaire auprès duquel nous avons ouvert la première déclinaison de l'entreprise !

Vous imaginerez dès lors aisément que le cheminement requis pour arriver à élaborer un plan d'affaire digne de ce nom, avec estimations, projections, rapports et planifications stratégiques fut assez douloureux. Fort heureusement, deux personnes nous furent d'une aide précieuse : tout d'abord notre "coach" de chez Solvay Entrepreneurs, qui à force de patience sut nous inculquer les rudiments de l'art des chiffres, et ensuite notre premier investisseur, David, qui outre les premiers fonds externes apporta une expérience plus que bienvenue dans les montages financiers et la gestion des aspects financiers de la boîte. D'ailleurs, encore aujourd'hui, c'est lui qui peaufine amoureusement les énormes fichiers Excel où résident l'essentiel de notre stratégie chiffrée.

Des gens, des gens !

Avoir un plan financier et quelqu'un pour le faire vivre, c'est bien. Avoir des gens qui font en sorte que les chiffres collent à la réalité, c'est mieux. Nous avons donc accueilli nos premiers vendeurs, François et Stéphane, qui ont commencé à pousser les portes des petits commerces, puis ont par la suite assiégé les bureaux des responsables marketing et des directeurs généraux de nos futurs clients. Au début de cette année, nous avons agrandi l'équipe de vente en y rajoutant quatre personnes supplémentaires, ainsi qu'un responsable du support technico-administratif et un développeur mobile/industriel.

Avec le recul, nous réalisons que cette diversification a été une phase essentielle d'une croissance réussie; chacune des personnes qui nous a rejoint possède un talent nécessaire à l'entreprise (talent qui nous faisait défaut, à nous autres fondateurs). Bien sûr, il y a également le facteur disponibilité qui joue énormément, car il n'y a hélas que 24 heures dans une journée, et il est obligatoire de déléguer les choses si l'on ne veut pas se noyer irrémédiablement.

Un simple exemple pour illustrer ce propos : Sébastien passe de plus de plus de temps à rencontrer des clients potentiels et gérer des dossiers importants (et honnêtement, je crois qu'il a découvert là un côté du boulot qu'il adore), mais il se retrouve le plus souvent derrière son clavier à jongler avec l'extension de la plateforme Freedelity, la résolution des bugs, les intégrations avec les logiciels de caisses, les développements spécifiques, et j'en passe. Parce que c'est là que ses compétences intrinsèques seront les plus utiles à l'entreprise.

Non Jef, t'es pas tout seul...

On vous l'a dit, les entrepreneurs pleurent parfois. C'est d'autant plus vrai que nombre d'entre eux se lancent seuls dans la grande aventure entrepreneuriale, équipés pour seuls bagages de leur enthousiasme et de leur foi inébranlable en leur rêve. Mais la réalité reprend vite ses droits, et on réalisera (trop) rapidement qu'à moins d'être incroyablement doué et disposé à mettre toute sa vie privée ou sociale entre parenthèses pour une période plus ou moins longue, il va falloir compter sur d'autres compétences que les siennes seules.

Voilà pourquoi il est essentiel de s'entourer des talents adéquats : afin d'assurer à votre petite entreprise la parfaite dynamique qui la fera tourner à plein régime. Et lorsque vous avez réussi à rassembler dans votre équipe la parfaite combinaison de compétences et de personnalités, vous aurez la chance d'avoir mis en route une machine de guerre imbattable, qui se nourrira de sa propre efficacité et de ses propres succès.

Evidemment, il vous faut choisir des personnes qui croient en votre projet autant que vous-même, afin d'y insuffler l'énergie et la motivation nécessaires. De même, nul besoin d'aller pêcher dans des viviers de candidats bardés de diplômes et d'expérience, mais privilégiez avant tout l'intuition et la sensibilité au marché que vous visez.

Mais attention : ne pensez pas pour autant qu'il suffise de s'adresser à un bureau de recrutement et de leur balancer une liste de désidératas. Il vous faudra investir du temps et de l'énergie, faire passer d'innombrables interviews, rencontrer énormément de personnes, avant de trouver LA ressource qu'il vous faut absolument. Monter l'équipe idéale demande beaucoup d'énergie, mais le jeu en vaut la chandelle.

Marc
Publié le 27/11/2013 @ 19:00:00 Dans Chroniques
Tiens, un épisode triste? Est-ce possible cela, dans la vie d'un entrepreneur? Et est-ce qu'on a le droit d'en parler? Mais non bien sûr, un entrepreneur cela a une belle vie, cela roule avec de grosses voitures, cela gagne bien sa vie, cela a des responsabilités que tout le monde voudrait... Et si en fait, non?

Pour écrire ce type de billet, cela ne se fait pas un soir de joie et de bonnes nouvelles, mais quand j'ai commencé ces rubriques ce titre était déjà prévu, sachant qu'un jour, avec suffisamment de mélancolie, je pourrais aussi vous expliquer que tout n'est pas toujours aussi rose que l'on voudrait le penser. Parce que c'est la vie, ce n'est pas un chemin tranquille, et que chaque réussite est synonyme de beaucoup d'efforts, de sueur, et de sacrifices.

Un entrepreneur, c'est aussi un homme seul

Vous avez une famille, vous avez beaucoup d'amis, de gens qui tiennent à vous, vous avez une équipe formidable. Et pourtant, vous pouvez faire ce que vous voulez, le soir quand vous vous retrouvez face à vos problèmes et aux décisions que vous devez prendre, vous êtes seul face à votre destin, et très peu de gens pourront comprendre.

Imaginez votre premier licenciement. Pour un collègue, un licenciement c'est un signal d'alarme, ou une séparation, mais généralement cela s'arrête là. Pour celui qui est à l'origine de cette décision, c'est un questionnement bien plus profond, mêlant le problème de s'être trompé sur un profil et sur les conséquences que cela engendre. D'une part, financière pour la société, un licenciement n'est jamais très intéressant d'un point de vue productivité. De l'autre, sur la personne concernée. Vous avez posé un acte un jour, et de cette erreur découle des conséquences sur une personne, sa famille, avec lesquelles vous devrez vivre, parce que c'est comme cela.

Alors, loin de là l'idée de me lamenter pour un licenciement, bien sûr, on est du "bon" côté de la barrière, mais quand nous avons été obligé de prendre cette décision la première fois dans la société cela ne nous aura certainement pas été facile. Et en dehors du management, impossible de discuter de cette décision avec une oreille compatissante. Pourquoi? Parce que qu'on le veuille ou non, la Belgique n'est pas remplie d'entrepreneurs, elle est remplie de gens qui font leur boulot, et qui n'ont pour la plupart jamais été dans une situation de stress continue, ni obligés de prendre des décisions qui affectent la vie d'autres personnes, ou qui prennent des risques qui pourraient être vus comme inconsidérés si il y a un échec, et un coup de génie si cela mène à une réussite.

Le soir donc, impossible d'avoir une personne avec qui relater de cela, et même au sein de votre propre structure de management, les rôles et les personnalités tellement différentes que la façon de gérer ces décisions également. Alors oui, vous pouvez avoir des dizaines de personnes pour vous aider, plein d'oreilles curieuses ou compatissantes, le vendredi soir, cela sera de votre responsabilité, vous, seul, au fond de votre lit.

Et un entrepreneur, ça pleure?

J'ai toujours adoré la phrase d'un ami qui disait: "Un vrai homme, ça ne fait pas de backup. Un vrai homme, ça pleure aussi". Et un entrepreneur, ça prend des risques, ça prend des claques, ça réussit plein de choses, mais ça pleure aussi parfois le matin, en habillant ses gosses, face à son petit bol de céréales, et en se disant qu'on n?y arrivera jamais. Et puis on regarde autour de soi, on se dit qu'on a déjà réalisé des choses incroyables, on se souvient de quelques moments drôles et de réussites, du fait qu'on fait bouger un pays, du fait que quoi qu'il arrive on aura marqué d'une croix rouge un secteur, que le fait de se dépasser inspire quelques entrepreneurs, et que même parfois on vous demande de prendre une photo avec vous et que oui, c'est surréaliste (NDA: Si je vous assure, c'est déjà arrivé).

Et après quelques minutes de désespoir, c'est probablement là qu'on retrouve l'esprit de l'entrepreneur, qui face à un échec essaie de créer quelque chose. Transformer cet échec en apprentissage, en opportunité, en nouvelles possibilités et de rebondir vers une autre direction, 10 fois plus motivé encore que le jour d'avant de réaliser encore de nouvelles choses. Le schéma est toujours le même, la réussite est un plaisir et l'échec est une source importante d'inspiration pour plus de combativité.

Des exemples? Il y en a des centaines, mais je n'en citerai pas un des miens pour l'illustrer, car cet esprit est heureusement partagé par d'autres personnes dans la boîte qui utilisent cette adversité comme moyen de se dépasser. Imaginez un rendez-vous raté, mauvaise personne, mauvaise compréhension. Votre réaction? Vous rentrez tout penaud à la maison et déprimez quelques jours? Mauvaise réponse. La frustration de votre rencontre doit vous motiver à gagner, et c'est ce qu'à fait un de nos associés en traversant et en rentrant dans une grande enseigne de jouets pour avoir un rendez-vous en se "battant" avec les employés. Quelques mois plus tard, notre plus gros client de l'année était signé suite à ce revers.

Alors oui, un entrepreneur ça pleure, un entrepreneur ça s'inspire et se motive de tout, et si vous arrivez à garder cet esprit de battant tout au long de votre chemin, vous vous souviendrez avec nostalgie de ces mauvais jours et de ce que vous en aurez fait pour prendre votre destin en mains.

Sébastien
Publié le 20/11/2013 @ 10:00:00 Dans Chroniques
Wallonie, terre d'accueil, terre qui gagne ? Avant que vous n'entamiez la lecture de cet épisode, j'ai quelques aveux à vous faire. Je suis né en Wallonie (à Charleroi pour être précis) et une fois sorti de la maternité j'ai été domicilié en Brabant Wallon, ce Brabant si prolifique et si plein de dynamisme. Comprenez-moi donc bien : je suis brabançon, attaché à ma ville (Nivelles) mais je ne me sens pas moins wallon que belge ou citoyen européen. Et pourtant, je suis convaincu que certaines mentalités sont transmises non pas par l'environnement ou le cadre de vie, mais bien par l'éducation. La mienne étant très "flamande", ceci explique probablement cela.

J'aurais rédigé cet article lors de notre lancement, j'aurais eu tendance à être plutôt négatif sur le "rêve wallon". Il faut savoir que lorsque nous avons démarré nos activités, nous avons bénéficié d'une forte couverture de la part des médias francophones, que ce soit en télé, en radio ou en presse écrite ; couverture qui a largement relayé la naissance du projet et contribué à la faire connaître. Dans le même temps, l'agence de presse Belga a publié un petit entrefilet d'une dizaine de lignes, en français et néerlandais, et ce court texte a été reprise in extenso par une grande partie des quotidiens francophones, ainsi que par par deux ou trois journaux néerlandophones. Eh bien, croyez-le ou non, mais nous avons reçu à l'époque autant, si pas plus de marques d'intérêt de la part de la Flandre que de la Wallonie, avec pourtant bien peu de visibilité au nord du pays.

Ce côté plus attentiste de la Wallonie n'a pas encore changé; on aime critiquer, discuter des projets mourants et dans une discussion de "café du commerce" on entendra d'abord parler des projets qui se sont vautrés avant que l'on aborde quoi que ce soit de positif. Et pourtant, il est évident que le milieu des startups ITC a besoin d'un optimisme et d'un positivisme bien plus important que ce qu'il reçoit pour continuer sur sa lancée. Une entreprise que le milieu adore critiquer l'a compris il y a de longues années : Microsoft. Pourtant, elle stimule à sa manière via le MIC et bien d'autres initiatives la créativité des jeunes entrepreneurs. Par le truchement de ses programmes d'accompagnement, l'entreprise en profite certes à sa manière pour mettre en avant ses propres technologies (charité bien ordonnée commence par soi-même), mais ils offrent également une visibilité importante pour les entreprises et un coup de pouce non négligeable pour les jeunes pousses.

L'accessibilité

Bien que les premières lignes de code de Freedelity aient été écrites à Nivelles, et que nous ayons commencé notre histoire dans cette ville, nos premiers bureaux officiels s'ouvrirent à Bruxelles - à Anderlecht, pour être précis. Car Bruxelles, il faut le reconnaître, offre une panoplie d'avantages et regroupes pas mal d'initiatives très positives. Cependant, les problèmes endémiques de trafic que connaît la ville provoquent également un stress assez important pour les employés, et notre déménagement fin 2012 pour un retour aux sources a permis à l'équipe d'abandonner ce fardeau totalement inutile. Le retour en wallonie pour des personnes vivant en périphérie de Bruxelles assure un trajet dans le calme quasi tous les jours. Plus d'obligation de prévoir une marge de sécurité pour arriver au bureau, le timing est le plus souvent parfait, et l'ambiance est nettement plus détendue - le stress provoqué par les embouteillages étant plutôt contre-productif en début de journée. L'emplacement des bureaux est donc un facteur crucial pour la dynamique d'une entreprise qui gagne, productivité et bien-être étant intimement liés.

L'administration

L'administration wallonne est en évolution, mais se trouve encore aujourd'hui dans un état très disparate. La région propose toute une série d'aides pour les jeunes entrepreneurs et les petites entreprises, et il faut admettre que ces aides sont encore bien plus intéressantes pour l'instant dans le sud que dans le centre du pays. Mais ces aides dépendent, comme toujours, de personnes qui doivent traiter vos dossiers. Selon qu'on a face à soi de la bonne ou de la mauvaise volonté, voire de l'incompétence, on réalise rapidement qu'un postulat a hélas la vie dure dans les bureaux de l'administration : un dossier en moins, c'est du travail en moins. On peut mesurer la progression réalisée dans la réponse parfois ultra-efficace et rapide que l'on reçoit de certains départements, comme on peut aisément jauger de l'immobilisme pesant qui sévit encore dans d'autres, et peut se mesurer à l'aune d'un délai de plusieurs mois pour une simple réponse à un courrier (pour autant que l'on n'ait pas malencontreusement jeté ou perdu le courrier en question. Et si, cela nous est arrivé).

Dans tous ces méandres, on pourrait imaginer centraliser les contacts entre entreprises et administration pour une productivité et une réactivité accrues, en appliquant par exemple le modèle que les banques tentent de mettre en place ces dernières années pour privilégier une contact personnel attitré qui agisse comme un intermédiaire privilégié en gérant un petit nombre de dossiers. On peut rêver, non ?

Les années passant, et vu le nombre important de dossiers ouverts et de participations à des activités organisées par certains services (nous apprécions particulièrement dans le domaine le dynamisme de l'AWT), certaines personnes que nous avons rencontrées ont plus ou moins endossé - souvent de manière informelle, s'entend - cette casquette d'intermédiaire, sans avoir hélas pas la reconnaissance qu'ils méritent pour tout ce qu'ils font afin de rendre cette économie locale plus performante. Nous pensons précisément à certaines personnes qui se reconnaîtront, et envers lesquelles nous sommes redevables pour la (petite) notoriété qui est la nôtre aujourd'hui, tout comme pour une partie de notre succès.

Conclusions?

Autant il y a quelques années, nous aurions été moins optimistes sur le rôle économique de la région comme moteur d'initiative, autant aujourd'hui nous avons le plaisir de constater l'apparition de toute une série d'initiatives qui vont dans le bon sens pour le milieu startup/ICT. Certes, il y a encore de nombreux efforts à fournir pour que notre petit pays soit l'endroit idéal pour démarrer sa société informatique sur la toile mais nous préférons donner dans l'optimisme et croire que ce qui se fait aujourd'hui n'est que l'aube de l'évolution des prochaines années. Il faut juste bien se souvenir que les autorités publiques ne sont pas là pour vous tenir la main et créer votre entreprise à votre place, mais bien pour vous mettre en main les outils nécessaires et proposer un terreau positif, et que c'est à vous et à vous seul, lecteurs et entrepreneurs, de prendre les rennes de votre destin et d'oser l'aventure.

Sébastien
Publié le 13/11/2013 @ 10:00:00 Dans Chroniques
La presse, souvent négligée par les petites sociétés, est pourtant une source importante de notoriété et il ne faut pas non plus nier, de publicité. Publicité vous avez dit? Oui, car même si un article est parfois un petit peu négatif sur votre projet, cela n'en reste pas moins une source de connaissance pour vos éventuels prospects, et c'est à vous d'en gérer les retombées et d'y réagir.

Pourquoi la presse?

J'allais écrire "pourquoi utiliser la presse", mais je suis certain qu'en écrivant cela j'allais déclencher une petite levée de boucliers, et pourtant, c'est bien ce terme qu'il faut évoquer quand on parle de la presse. Il faut savoir que contrairement aux idées reçues, une grande majorité d'articles dans la presse, en dehors des faits divers, est déclenchée par une publication qui vient directement des entreprises. Les articles sont inspirés d'une manière ou d'une autre de communiqués, plus ou moins inspirants pour les articles suivant les médias.

Qu'écrire?

C'est un jeu complice entre les médias et les entreprises, les premiers continuant à vanter leur absolue objectivité, et les deuxièmes essayant autant que faire se peut de communiquer de la manière la plus efficace possible pour que les rédactionnels proposés finissent publiés d'une manière ou d'une autre, en gardant la plus grande partie du message. Il ne faut donc jamais négliger ce point quand vous réalisez un communiqué et quand vous parlez à la presse, et il faut parfois oublier ce que vous voulez absolument qu'ils écrivent pour vous concentrer sur ce qu'ils veulent entendre et qui pourra faire un article intéressant pour leur audience, cela vous permettra de mieux gérer ce qui est dit sur vous tout en maximisant vos chances d'avoir de la visibilité. Un petit jeu de chat et de souris, dans lequel personne n'est dupe.

Si vous mettez mes dires en doutes, regardez sur certains médias (dont informaticien.be pour la petite pub en passant), et regardez ensuite la presse spécialisée ou le journal télévisé. Nul doute qu'à force de persévérance, vous verrez certains articles relayés quasi tels quels par de grands médias. Chaque média a d'ailleurs sa préférence, si l'on prend l'exemple de la RTBF, des sujets sécuritaires seront souvent abordés dans la journal alors que si vous vous adressez à L'Echo, vous aurez plus intérêt à aborder un angle plus économique. Encore ici un petit conseil intéressant: pour chaque média n'oubliez pas leur cible, et imprégnez vous de leur ligne éditoriale avant d'essayer vainement d'y être cité, cela permettra un meilleur taux de réponse, et tout le monde sera gagnant.

Comment gérer une crise?

Avant de paniquer, sachez tout d'abord qu'en cas d'inexactitude, vous avez un droit de réponse. C'est prévu par la loi belge, et toute publication devra vous donner la même visibilité pour votre droit de réponse qu'il n'en a été donné pour l'article originel. N'en abusez pas si non nécessaire, parce qu'après tout, vous aurez besoin à long terme de cette profession, et il vaut mieux que votre relation avec la majorité d'entre eux soit au beau fixe plutôt qu'à la confrontation.

En cas de crise grave, prenez tout d'abord un petit peu de temps pour réfléchir à la réponse adéquate à apporter. Pas de rush inutile dans un communiqué à moins de crise majeure; vous devez d'abord penser à essayer de maîtriser le message. Une fois votre choix effectué, souvent la réponse par communiqué, vous pourrez l'envoyer aux rédactions concernées, et pour vous assurer une visibilité minimale le publier sur votre site, idéalement dans une section presse, ainsi que le faire relayer par l'agence belga moyennant finance (dans les communiqués).

Comment les aborder?

Il existe plusieurs moyens. Le premier, le plus simple, est d'utiliser une société externe de relations presse. Il en existe des dizaines comme LVT, Outsource, etc. A vous de trouver votre interlocuteur et de discuter les tarifs. De ce fait, si vous n'avez pas de volonté de communiquer à long terme, vous pourrez profiter à chaque fois du réseau établi par ces agences, et des relations personnelles qu'ils ont avec les journalistes, bien que cela ne vous assure aucun retour.

La deuxième solution est de le faire vous même. Ce n'est pas insurmontable, et si vous espérez tenir sur du long terme ce n'est certainement pas un mauvais exercice. Il vous faudra donc écrire votre communiqué et trouver à qui l'envoyer. Vous avez la première possibilité payante, via le site belga media releases, ou de consulter par vous même les publications qui vous intéressent pour ensuite envoyer un email personnel à chaque journaliste. Cette deuxième solution est fortement à préférer, car au moins un contact sera établi et ils pourront revenir vers vous pour plus d'informations si le sujet que vous proposez les intéresse.

Une fois le sujet "dans la nature", vous voudrez le suivre. Il existe deux solutions au moins à citer, la première étant le site "mention.net" qui propose un premier service de monitoring gratuit. La deuxième étant le service d'auxipress: sur base d'un abonnement payant, vous recevrez chaque jour les articles parlant de votre entreprise sur base de quelques mots-clés. Cela va sans dire qu'un tel service est indispensable dans une entreprise.

Comment faire parler de vous?

Bonne question... et il n'est pas évident d'y répondre facilement. Il existe de nombreuses techniques, mais souvenez vous toujours qu'une communication fondée sur du vent se retournera toujours sur vous, que ce soit via la presse ou via les contacts que cela générera. Il faut donc tout d'abord avoir quelque chose de réellement intéressant à dire. Et essayez de vous mettre à la place d'un lecteur avant de penser que votre révolution est un sujet intéressant, bien souvent ce n'est malheureusement pas le cas.

Reste deux possibilités bateau à vous expliquer. Le premier étant le sujet subversif. Difficile à maîtriser, un sujet de société avec quelques scandales possibles sera certainement relayé, mais attention aux retombées et à la manière dont sera traité le sujet, aucune garantie n'est possible mais la visibilité sera aussi maximale. C'est sans le vouloir à notre démarrage que nous avons été placé dans cette catégorie, le mélange privé/public n'ayant pas été apprécié par la presse alors qu'il était pourtant prévu par le pouvoir politique (et qu'il est apprécié par la population). D'expérience, cela nous a donné une grande visibilité très rapidement, mais cela a également effrayé quelques prospects, cela n'est donc pas forcément toujours positif et facile à gérer.

La deuxième possibilité très appréciée des médias, ce sont les sondages. Difficile à réaliser d'un point de vue coût et sur l'investissement temps par ceux-ci, si vous réalisez un sondage sur votre technologie il y a des chances d'avoir quelques retombées. Les chiffres étant utiles, l'enrobage lui étant modifié suivant le média. Si vous voulez lancer un site pour les couples divorcés pour la garde d'enfant, réalisez un sondage sur le nombre de personnes mono parentales et sur les problèmes rencontrés, si vous voulez vous lancer dans un site pour des domiciliations, pensez à ce qu'une entreprise peut économiser et au nombre d'entreprises qui les utilisent aujourd'hui. Etc, etc. Oubliez que ces informations doivent venir d'un travail d'investigation, réalisez le et fournissez un maximum d'information, si le média qui s'intéresse à vous à les moyens de réaliser une contre analyse tant mieux, mais la plupart d'entre eux n'aurons malheureusement pas les moyens de le faire.

Et on y gagne quoi, finalement?

Finalement, pas grand chose. Certains ont pensé autour de nous sur d'autres startups que la publication d'un article sur eux en première page du soir, de l'echo ou d'un autre média était l'aboutissement. Ce n'est en fait que le début. Un bon article débouchera certes sur quelques contacts, ou il vous aidera à finaliser certains contrats grâce à la notoriété obtenue, mais n'oubliez jamais que cela est très éphémère, et il y a très peu de chance même en passant au journal que votre téléphone sonne sans arrêter le lendemain. Tout au plus quelques appels, mais la semaine suivante vous serez de nouveau seul avec votre équipe sur la route.

Ne voyez donc pas la presse comme un but, mais comme un moyen de parfois communiquer sur vos produits, et ne soyez pas frustrés si l'on ne parle pas de vous, cela se passera naturellement plus tard si votre projet décolle. N'oubliez pas non plus que vous avez affaire à des êtres humains, qui bien que parfois ont beaucoup de pouvoir, sont curieux de savoir tout simplement. Evitez donc une communication fermée, cela ne vous servira pas à long terme.

Sébastien
Publié le 06/11/2013 @ 19:00:00 Dans Chroniques
Et ce matin, qui fait le café? C'est peut être une question idiote, mais quand on commence à 2, et qu'on arrive à 10, on n'imagine pas forcément toujours très bien les problèmes que l'on peut rencontrer pour pouvoir gérer efficacement tout ce petit monde. Dans un monde idéal, une société dispose d'une personne pour gérer la facturation, la comptabilité, une pour le support, une pour les ressources humaines, une pour gérer les ventes, une pour gérer le marketing, et cela en plus de toute l'équipe de développement et de vente. Oui, mais ça, c'est la théorie, non?

En Belgique, et en Europe plus singulièrement, il y a - quand on réalise un projet - une peur latente de réussite. La conviction que quand on va commencer à proposer un service, du jour au lendemain, par magie ou imposition des mains, on va avoir des milliers de prospects, de clients, et que l'on ne saura pas comment répondre à la demande. Et du coup, sur cette "peur de réussite", certains restent paralysés dans l'idée de lancer un projet ou de le dévoiler. La réalité est souvent toute autre... Une fois le projet lancé, ce n'est encore que le début de l'aventure et il faudra de longues années pour que le projet créé dans la cave ou le grenier ne demande réellement trop d'énergie que pour être porté par un seul homme. Bien sûr, des exceptions existent... mais des exceptions...

On commence donc à 1, 2, on développe le produit, on commence à le commercialiser, faut gérer les premières factures, les premières demandes de support en se disant: "bah, l'année prochaine, on engage quelqu'un pour cela". Et l'année suivante, on regarde les comptes, on regarde les clients, on voit que le travail augmente de manière significative pour des tâches non primordiales au développement de la société, et pourtant essentielles à son bon fonctionnement. Mais là encore, du fait du sous financement général de cette économie, on regarde les comptes, et on se rend à l'évidence que non, ce ne sera finalement pas l'année suivante que l'on prendra cette nouvelle personne pour nous sauver de ce travail "ingrat".

Enfin, ingrat, oui et non. Il n'y a aucun mal à devoir ranger un bureau de 200m², il n'y a rien de mal à regarder quelles factures ont bien été honorées, il n'y a aucun mal à devoir relancer les clients pour les factures impayées, il n'y a aucun mal à devoir réparer les machines après une arrivée massive de virus, ou à une mort subite du SSD (on a essayé de le coucher sur le ventre ou sur le dos, mais rien n'y fait, la mort subite du SSD semble être une maladie du moment). On peut encore citer plein d'autres points comme la rédaction des contrats, le recrutement, la gestion des resources humaines, du secrétariat social, des petits bobos du quotidien, des conflits internes, ...

Rien de tout cela n'est à priori insurmontable, mais il est compliqué pour une PME de pouvoir réellement compter sur une personne dédiée à chaque fois pour ces tâches spécifiques, et alors qu'il est primordial effectivement d'engager des gens pour votre développement commercial, pour le support et pour le développement technique, une grosse partie des petits travaux quotidiens restera pendant une longue période l'apanage des fondateurs. Pourquoi? Parce que vous ne pouvez pas demander à votre commercial de réparer sa machine, que tout sous-traiter n'est pas évident à commercialiser, et qu'au final il est important de toujours rester à flot sur ces différents points pour une bonne gestion de votre entreprise.

Malheureusement, cela se fait aussi au détriment de votre disponibilité, de votre aptitude à vous concentrer pour réfléchir à comment continuellement améliorer votre produit pour encore mieux répondre à ce dont le marché à besoin et à ce que vos clients vous demandent. Cela vous détourne tout doucement de votre rôle réel dans la société, et il faudra encore de la patience, 1 an, 2, 3, ou 4 avant de pouvoir vous recentrer sur la raison de votre présence dans l'équipe, ce qui est réellement votre valeur ajoutée pour la structure.

Et les solutions dans tout cela?

Il existe quelques initiatives pour vous aider quand vous avez une très petite entreprise, des incubateurs pour partager entre plusieurs entreprises les frais de la secrétaire pour vos appels et vos rendez-vous, et la facilité de la location d'une surface pour grandir à votre rythme sans se préoccuper de l'administratif, de la connexion web, etc... Mais cela s'arrête là. Certains groupes industriels proposent de racheter des startups à plus de 50% en leur offrant en échange l'accueil en leur sein avec le service comptabilité, RH et technique à leur disposition, pour qu'ils se concentrent sur la partie intellectuelle et créatrice. C'est un chant de sirène auquel nous avons d'ailleurs été sensibles à un moment de notre existence, mais à chaque sirène rencontrée jusqu'ici, l'envers du décor quand nous avons avancé dans les négociations nous a montré que pour avoir cette liberté créatrice, nous devions abandonner plus de la moitié de notre société, et perdre notre droit de la mener où bon nous semblait, avec en face de nous des interlocuteurs qui se sont montrés souvent hautains, parfois humains, mais rarement totalement francs sur ce qui était proposé.

A défaut donc d'avoir des initiatives publiques ou privées indépendantes, qui annoncent clairement ce qu'ils offrent et ce qu'ils demandent, la liberté d'entreprendre devra continuer à se conquérir par l'abandon d'une certaine liberté individuelle.

Sébastien
Publié le 24/10/2013 @ 10:06:03 Dans Chroniques
Pour ce nouvel épisode, laissons de côté stratégie et autres business plans et penchons-nous un instant sur le plaisir, le délire et la joyeuseté de nos vies de "techos". Ce que je vais vous raconter ici déconcerte assez souvent les partenaires (et nous fait toujours sourire), mais je persiste à dire que notre manière d'envisager les choses est meilleure sur pas mal d'aspects. Allez, je vous explique...

Ils viennent du côté obscur...

Pour bien comprendre les choses, il faut savoir que même si Marc a passé une dizaine d'années à baigner dans le marketing chez des boîtes comme L&H, Dialogic ou Intel, il a à la base, tout comme moi, un profil purement technique. Les fondateurs historiques de la société sont donc deux bons geeks bien barrés, grands fans de gagdets exotiques, de la technique plein la tête et pas du tout nés dans le monde merveilleux du marketing... Cette origine plutôt inhabituelle dans le milieu nous fait donc bénéficier d'un angle de vision décalé mais pas dénué d'avantages, comme vous allez le voir.

Envoyons des emails, pleins d'emails !

Si vous vous souvenez de l'épisode sur la genèse de notre petite affaire, le passage sur la création de la boîte par un gars qui s'emmerde sur la plage est assez emblématique (en plus d'avoir fait sourire - parfois jaune - pas mal de gens), mais elle vaut la peine d'être détaillée. Dans notre secteur, on trouve assez bien de concurrence pour nos solutions, que ce soit indirectement (par des boîtes de communication ou des agences media) ou directement (par d'autres sociétés qui proposent aussi leur concept de "cartes de fidélité unique").

Généralement, les personnes en charge de ces sociétés ont un profil commercial et/ou marketing. Cela signifie que, quasi systématiquement, les discussions qu'ils ont avec leurs clients déboucheront sur une analyse de leurs problèmes et la recherche d'une solution, soit en passant par un prestataire externe, soit en facturant un certain nombre de "jours hommes" pour faire du chiffre.

Ce système, bien qu'il soit théoriquement axé sur les problèmes du client, se borne le plus souvent à recycler encore et encore les mêmes solutions pour la plus grande facilité et le confort de la force commerciale. On se retrouve donc soit avec de la prestation payée cher et vilain pour répondre à un besoin précis (exemple: faire un e-mailing), ou à vendre un outil tout fait pour de l'envoi massif (emailvision, mailchimp, ...). Et au final, lorsqu'on regarde la proportion entre le problème du client et la solution facturée, on discerne fréquemment le paradygme de la balançoire et de l'ingénieur ou celui du bazooka pour tuer une mouche...

Dans notre optique, on préfère tout d'abord découvrir une technologie - imaginons ici l'exemple volontairement simpliste de l'envoi d'emails. La première idée pour vendre de l'envoi de mails serait : on se lie à une plateforme d'envoi massif, et on laisse le commerçant envoyer à tout va, bourrin-staïle. D'accord, c'est logique, et c'est ce que tout le monde fait. De notre côté, on va commencer par créer un script d'envoi pour un email, puis nous allons essayer de voir ce que la technologie permet en plus (comme l'inclusion automatique des images par exemple ce qu'aucune plateforme à ma connaissance ne propose), et rêver et imaginer tout ce qu'il serait possible d'en faire.

Pour cet exemple - on le répète, volontairement simpliste, nous sommes partis du postulat qu'un email de masse n'est pas amusant, et qu'on préfère de loin recevoir un gentil mail bien personnalisé pour notre anniversaire, avec un beau chèque calculé sur le montant de nos précédents achats. Mais quel commerçant peut aujourd'hui se permettre d'envoyer chaque jour un tel mail à tous ses clients ? Et si nous essayions plutôt de lier cet envoi à une série d'évènements générés dans la base de données ? Voila comment est née l'automatisation de la communication pour envoyer emails, sms ou courrier postal pour un anniversaire, une vente, une visite, un rappel, etc. Et plutôt que de vendre un service classique, quand on examine en détails notre solution, on comprend que nous répondons à un problème bien plus fondamental que le simple fait d'envoyer un email : le temps passé à préparer ces campagnes de manière à ce qu'elles aient le maximum d'impact et qu'elles offrent le maximum d'indicateurs de mesure et d'évaluation à posteriori.

Ooooh, une tablette Android !

Une grosse partie de la plateforme a été créée avec cette philosophie en filigrane. Non pas en se basant sur une demande précise d'un client (quoique cela nous arrive), mais en prenant une technologie, en essayant de pousser à fond ses possibilités techniques, puis en regardant si cela apporte une réelle plus-value au marché. Bien sûr, on ne développe pas dans tous les sens et on a souvent, mais pas toujours, une vision préliminaire assez précise (la plupart du temps...) de ce à quoi sera utilisé la technologie.

Mais grâce à cela, on a pris un jour une tablette Android, on a vu qu'elle comportait un port USB disponible, et on s'est dit en toute innocence "oh, lisons une eID dessus pour rire". Deux ans après, ce petit délire entre geeks est devenu un produit primordial pour le chiffre d'affaire de la société, en répondant à un besoin critique de tous les professionnels du field marketing : simplifier, sécuriser et rationaliser l'encodage et la captation des coordonnées d'une audience-cible n'importe où et en n'importe quelle circonstance. Et des exemples comme ceux-ci, nous en avons des dizaines... C'est pour cela que nous gardons à tout prix ce plaisir de jouer avec la technologie malgré le temps qui passe et la société qui grandit - et cela amuse (à un certain degré) les personnes qui participent à notre projet.

Et économiquement ?

C'est vrai qu'économiquement, cette approche n'est pas rationnelle de prime abord. En effet, quel idiot irait développer un produit sans réellement se préoccuper des réalités du marché ? Quel idiot irait pousser une tablette à fond sans savoir s'il a un client qui sera hypothétiquement prêt à payer pour utiliser cette fonction ? Quel idiot engagerait plus d'argent en R&D que ce qu'il n'a réellement dans son chiffre d'affaire au début ?

Et pourtant, cet idiot, c'est le management de Freedelity, et au vu du plaisir qu'ont les gens à travailler chez nous, au vu de ce qui a été réalisé techniquement et des dizaines de projets pilotes internes que nous avons actuellement sur le feu, et enfin au vu de la motivation de l'équipe à s'amuser sur ces nouvelles technologies, nous restons convaincus que cette approche apporte une vision plus fraîche et plus rentable sur le long terme que tout ce qui a été fait jusqu'ici dans le milieu... Quitte à en bouleverser certains standards et idées trop préconçues !

Sébastien
Publié le 16/10/2013 @ 10:39:44 Dans Chroniques
Kelare? Un gros mot dans le titre? Mais qu'est-ce donc que ce truc? Après les quelques premiers articles à vision plus entrepreneuriale, j'avais envie de parler une première fois de technique avec vous. Rassurez-vous, il me reste encore plein de sujets à aborder par la suite qui seront de nouveau basés sur nos petites expériences mais pas celui-ci. Après tout, mon profil est historiquement technique... D'ailleurs, c'est certainement une des particularités de la société d'avoir une direction composée de techniciens et non de commerciaux purs. Bref, allons-y, je vais essayer d'être pédagogue.

Lorsque je terminais mon cursus, je suis passé dans les mains d'une petite boîte de ventes aux enchères sur la toile alors que nous étions dans la fin des folles années du web. Quelques mois au sein de l'équipe pour mon stage de fin d'études, et ma conclusion personnelle était sans appel: Il y a plein de choses à faire dans ce domaine, et toutes ces entreprises ont une des besoins similaires, au moins en partie : gestion de pages, d'utilisateurs et quelques outils permettant les interactions avec les visiteurs. Cette base commune, bien que très similaire d'un projet à l'autre, est souvent réécrite, ce qui dans mon esprit torturé... euh, dans mon esprit orienté objet pardon... est une énorme perte de temps et de moyens.

Fin 2001 donc, avec ma petite expérience, je commence à dessiner mon schéma de base de données (les données de base). Je le réalise en PHP pour une première version, toujours sans réel projet derrière. Première itération, deuxième itération, les problèmes se font ressentir dans certaines abstractions, des limites que l'inexpérience nous fait découvrir quand on est déjà loin dans la base du projet. On réécrit, on recommence, encore et encore, pour finalement, quelques années plus tard, arriver à une première base en PHP qui commence à ressembler à quelque chose. Et pour le mettre en musique je réalise une première interaction sur cette base: un forum de discussion. A ce stade, le projet reste encore anonyme, très confidentiel, ni stable ni très résistant à la charge, mais cela je ne le découvrirai que plus tard.

Vous vous demandez peut-être comment j'ai survécu économiquement durant ces années? Excellente question! J'étais jeune, célibataire endurci, sans voiture ni sans réelle envie de sortir de mon espace de travail: ma chambre chez mes parents. Indépendant depuis des années, je réalisais de temps à autre quelques petits sites pour des clients sur lesquels je pouvais faire mes expérimentations de scripts. Mon salaire de l'époque ne dépassait que rarement les 300 à 500 euros par mois ... quand je me l'octroyais !. C'est donc mes parents, que je dois encore remercier, qui m'ont permis de réaliser mes rêves de l'époque sans devoir dépendre d'un employeur le temps de faire mes armes.

Je me souviendrai d'ailleurs à l'époque encore de quelques discussions avec mon entourage, compréhensif mais parfois dubitatif de ce que je faisais dans cette chambre, enfermé jour et nuit (surtout la nuit en fait). A tel point qu'un jour ma chère soeur m'avait d'ailleurs demandé, on ne peut plus sérieusement: "Mais quand est-ce que tu trouveras un vrai travail ?" Il était difficile pour elle, comme pour d'autres, de comprendre ce que je cherchais à réaliser tout comme mon refus systématique d'accepter tout emploi ou projet qui me prendrait plus que quelques jours par semaine.

Kelare donc?

Après plusieurs petits projets personnels (des logiciels Windows) avec lesquels j'ai eu plus ou moins de succès, l'envie de me remettre à ce premier amour du web et de réaliser un squelette stable et performant me taquinait l'esprit. Aux environs de 2005, après quelques années, je me suis rendu à l'évidence que le choix technologique des scripts (PHP) pour réaliser un site performant, orienté objet et sécurisé, ce n'était pas du tout la bonne option. Impossible de pouvoir profiter à l'époque d'outils complexes comme des interfaces, une gestion précise de la mémoire ou encore des données persistantes et surtout vivantes entre deux pages. Je me suis donc tourné vers ce que tout le monde trouvait hasbeen à l'époque pour réaliser un site : du code compilé (pour les non-initiés, c'est donc un texte qui est, une fois pour toutes, traduit en code machine et qui ne permet que "peu" de souplesse).

Il ne me manquait plus qu'un nom pour ce projet. Habitué à reprendre des noms en latin pour faire passer un message, j'ai utilisé un mot signifiant « toile » ou quelque chose comme cela et l'ai transformé en Kelare. J'avoue avoir un peu oublié les détails depuis mais s'il y a un latiniste dans la salle, qu'il n'hésite pas à nous apporter ses lumières.



Kelare pour que faire?

Créer une plateforme web, c'est une chose, mais sans but cela ne sert pas à grand-chose. J'ai profité alors d'une communauté web pour tester mes premières itérations et créer un forum de discussion qui se baserait sur cette architecture: Informaticien.be était né ! Le fait de disposer de très peu de moyens pour réaliser ce site, et surtout pour l'héberger, m'a obligé à redoubler d'ingéniosité pour réussir à faire tenir ce forum qui prenait de l'ampleur sur un serveur pourtant ultra peu performant. Quelques plantages, dont la fameuse erreur 500, et de nombreuses demandes de fonctionnalités, mais Kelare est finalement né, et j'ai commencé à y rajouter une série de modules, chacun compilé séparément, en me basant sur les fonctionnalités de base offertes par le noyau de Kelare.

Par modules, je fais référence à un forum de discussion, un moteur dynamique de mise en page, la gestion d'utilisateurs, des notifications email/sms, la génération d'images, un module d'eCommerce, etc. De nombreux modules ont fait leur apparition et chacun d'entre eux a finalement été une occasion pour faire naître une expérimentation de site avec plus ou moins de succès suivant les essais. Une série d'entre eux existe toujours, ceux qui ont survécu pour un but précis comme Informaticien.be qui dispose d'une communauté dynamique (et de bons copains avec le temps) ou comme des outils d'eCommerce variés.

Kelare, Freedelity, mais encore?

Quand, il y a 4 ans j'ai commencé à écrire les premières lignes de Freedelity, je ne pouvais pas le réaliser sans me dire qu'ici aussi, j'avais besoin d'une majorité de fonctions similaires à tout autre site, et d'un module spécifique pour gérer toutes les fonctionnalités liées à cette activité. Grâce aux années d'expérimentations et d'affinements de la base, Freedelity dispose d'une large avance en termes de performances et de souplesse par rapport à ce que l'on aurait pu écrire "from scratch" sur la même durée.

Si vous vous rendez sur le site, sachez donc que quasi tout ce à quoi vous accédez repose sur un code compilé, une grosse partie de données en mémoire et de multiples processus qui réalisent des opérations en temps réel sur ces données grâce à une persistance de la plateforme.

Un conseil pour une autre startup?

Si c'était à refaire, je repartirais sans aucun doute sur un code complètement géré en interne. Certains apprécient de se baser sur des outils libres qui ont leurs avantages (ne pas avoir à investir ce temps pour la création de la première page) mais qui apportent aussi leur lot d'inconvénients, de par leur propre fonctionnement. En dehors de la question de la sécurité qui mériterait presque un débat à elle toute seule, le manque de performance lors d'une montée en charge de visiteurs sur un site m'ont toujours démontré jusqu'ici que l'investissement pour un code de qualité au démarrage se récupère toujours par la suite dans la maintenance et dans le matériel qu'il vous faudra pour pouvoir supporter les visiteurs en cas de succès.

Mais ne foncez peut-être pas tout de suite dans du code propriétaire pour autant. Pour un prototype ou une première version, un outil libre peut être une bonne idée pour limiter les investissements.

Sébastien
Publié le 03/10/2013 @ 10:39:44 Dans Chroniques
Avant de pouvoir me lâcher dans des explications sur la technique, ou revenir sur certains aspects de notre histoire, il y a un point qu'il faut aborder, car sans lui, la société ne serait pas... l'argent! Et donc in fine notre financement. Alors, pour créer une startup en Belgique, combien pensez-vous qu'il vous faudra? 1?? 1000?? Le million?

Je ne vais pas vous faire languir très longtemps, pour essayer de faire quelque chose d'envergure, au total on sera tout de même toujours proche d'un budget entre 500.000 et le million, pas le premier jour, mais au total il vous faudra certainement trouver ce type de financement via divers moyens.

Je reviens donc à nos débuts, création d'une SPRL, un budget d'à peine 18k, et une excitation non contenue (excitation professionnelle, merci à ceux qui me connaissent de lire ceci sérieusement) d'avoir réussi via un coaching Solvay à décrocher un premier subside substantiel de 12.5k à la région wallonne. Quasi 30k, nous sommes les rois du monde, nous pouvons réaliser plein de choses... et ... non, 30k, cela part à une vitesse vertigineuse pour réaliser les premiers investissements. Du dépôt du nom, au logo, au notaire, en passant par le branding des voitures. Salaire? Oh non, n'y pensez pas braves gens, un indépendant ça travaille gratuitement, c'est bien connu.

Les premiers fonds externes

Après quelques mois de coaching, il se fait donc que l'on retrouve comme expliqué plus tôt David, ancien patron pendant mon stage, unique expérience professionnelle d'"employé". David, séduit je ne sais toujours pas par quoi, si c'était l'équipe ou l'idée, ou mon grand sourire de jeune entrepreneur naïf, nous apporte notre première augmentation de capital, de quoi engager les 2 premiers commerciaux et tenter l'aventure sur le terrain.

Je vous passe l'histoire ... Non en fait c'est intéressant. Avant de rencontrer David, nous avons tenté la visite par des invests. Pour ceux qui ne connaissent pas, c'est un mariage privé/public, et en stigmatisant un peu, chacun sa province (ou son bout de province) et à eux d'attirer les meilleurs candidats. Mais si vous êtes sur le brabant, vous n'avez qu'un seul choix, à moins de déménager. Avec notre petit plan financier sous le bras, recherchant à l'époque 150k en pensant être les rois de l'univers avec si peu, la réaction fût plutôt intéressante. Sur le fond, ils aiment le projet mais n'investiront pas, et sur la forme, si l'on cherche si peu d'argent on ne va pas voir un investisseur, on demande de l'argent à ses amis et ses proches.

Un peu choqués, parce que 150k ce n'est pas rien tout de même en y réfléchissant, après ces années, on se dit qu'ils avaient probablement raison. Prenez 150k, engagez 2 ou 3 personnes, et regardez l'état de vos finances en fin d'année... c'est la déprime assurée. Pour des sommes de 50 ou 100k, cela signifie souvent 2 à 3 employés maximum, et pourtant vous allez chercher pendant des mois vos fonds. La conclusion? Faites le travail pour lequel vous alliez payer votre employé, et commencez tout de suite, vous aurez non seulement toujours vos 100% de la société, et en plus vous aurez gagné du temps. Réfléchissez-y avant de chercher le moindre euro.

Après avoir perdu plusieurs mois à chercher des fonds, de lassitude nous décidons de lancer la société avec des fonds très réduits, et une envergure moindre, tout en gardant un oeil sur certaines possibilités de financement.

Et le premier tour externe?

Ne considérant pas vraiment David comme un premier tour, après une petite année d'activité, on progresse, mais on a besoin de fonds pour continuer, et un procès inutile (j'en reparlerai sûrement) effraie les quelques investisseurs technologiques sur le marché. Nous réalisons donc une importante levée, totalement privée, sans bouleverser majoritairement l'actionnariat en cours. Pour avoir un repère, la société doit avoir à cette période un capital total d'environ 400k.

On continue donc sur notre lancée, avec un peu plus de moyens, et un premier salaire pour Marc et moi (oui, cela fait plus d'un an que l'on travaille sans salaire, elle est belle la vie d'entrepreneur, non?). Pas énorme, mais suffisant pour payer les frais, et continuer à travailler sur notre bébé.

Un an plus tard, on entend parler d'un fond, Internet Attitude, via Mateusz, et il s'avère que l'on y connaît déjà quelques personnes. Me disant comme d'habitude qu'un rendez-vous ne coûte pas cher, et qu'on a rien à perdre, alors que l'on est pas encore dans le rouge on commence à discuter avec ce fond, pour voir si ils sont éventuellement intéressés.

Freedelity + IA

Je vous passe les détails des autres rencontres sur ces années, dont la tentative de rachat par un groupe de presse qui s'est soldée par un désaccord total sur les conditions. Et je m'attarde un peu sur l'arrivée de IA, fond privé d'investissement dans notre startup. Avec une entrée dans le capital, et une nouvelle et belle augmentation de celui-ci, nous prenons un deuxième envol, plus sûr de nos premiers résultats, en engageant plusieurs nouveaux collaborateurs (nous sommes 10 actuellement).

Ce que l'on a apprécié avec IA, c'est que ce ne sont pas des actionnaires dormants. Ils participent, essaient à leur manière d'apporter une contribution à l'édifice, que ce soit via des conseils ou des relations. Cela paie à divers niveaux, et il faut avouer que cela nous aura plutôt bien réussi jusqu'ici. Une bonne collaboration, et une bonne rencontre, en prenant le positif de chaque relation. Si vous avez un projet déjà un peu mûr, et qui demande des fonds, n'hésitez pas à au moins les rencontrer. Ce n'est pas du capital à risque tel que l'on en rêve et inspiré des états-unis, mais c'est ce qui s'en rapproche le plus pour des fonds un peu plus élevés chez nous.

Ce qu'il faut noter aussi avec l'arrivée d'un fond externe, c'est que certaines procédures changent. Un conseil d'administration à la bonne franquette se voit un peu plus professionnel. Et bien que les premières fois on se demande pourquoi on perd du temps à préparer tous ces reporting sur l'évolution de la société, en reprenant les présentations plus tard on se rend compte que c'est plus important qu'il n'y paraît de parfois tout mettre à plat et de voir si la direction est toujours la bonne. Pas amusant, mais instructif, et donc certainement capital.

On peut créer en Belgique donc?

Alors oui, certes, il manque de fonds pour financer les startups, certes il manque du vrai capital à risque, et encore plus certes il manque de structures pour aider les jeunes pousses. Mais aujourd'hui il manque surtout de jeunes pousses qui osent prendre des risques, pas inconsidérés, mais prendre des risques pour une passion, un rêve, une idée.

Et ceux qui y sont passés ne me contrediront pas, il faut aussi absolument que l'on apprenne à donner un droit à l'échec. Echouer n'est pas la fin d'une carrière, ce n'en est qu'une étape pour encore mieux créer, pour autant que la société et les partenaires privés ne vous mettent pas tous au banc.

Sébastien
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