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Episode 5 - L'argent
Publié le 03/10/2013 @ 10:39:44 dans la catégorie Chroniques
Avant de pouvoir me lâcher dans des explications sur la technique, ou revenir sur certains aspects de notre histoire, il y a un point qu'il faut aborder, car sans lui, la société ne serait pas... l'argent! Et donc in fine notre financement. Alors, pour créer une startup en Belgique, combien pensez-vous qu'il vous faudra? 1?? 1000?? Le million?

Je ne vais pas vous faire languir très longtemps, pour essayer de faire quelque chose d'envergure, au total on sera tout de même toujours proche d'un budget entre 500.000 et le million, pas le premier jour, mais au total il vous faudra certainement trouver ce type de financement via divers moyens.

Je reviens donc à nos débuts, création d'une SPRL, un budget d'à peine 18k, et une excitation non contenue (excitation professionnelle, merci à ceux qui me connaissent de lire ceci sérieusement) d'avoir réussi via un coaching Solvay à décrocher un premier subside substantiel de 12.5k à la région wallonne. Quasi 30k, nous sommes les rois du monde, nous pouvons réaliser plein de choses... et ... non, 30k, cela part à une vitesse vertigineuse pour réaliser les premiers investissements. Du dépôt du nom, au logo, au notaire, en passant par le branding des voitures. Salaire? Oh non, n'y pensez pas braves gens, un indépendant ça travaille gratuitement, c'est bien connu.

Les premiers fonds externes

Après quelques mois de coaching, il se fait donc que l'on retrouve comme expliqué plus tôt David, ancien patron pendant mon stage, unique expérience professionnelle d'"employé". David, séduit je ne sais toujours pas par quoi, si c'était l'équipe ou l'idée, ou mon grand sourire de jeune entrepreneur naïf, nous apporte notre première augmentation de capital, de quoi engager les 2 premiers commerciaux et tenter l'aventure sur le terrain.

Je vous passe l'histoire ... Non en fait c'est intéressant. Avant de rencontrer David, nous avons tenté la visite par des invests. Pour ceux qui ne connaissent pas, c'est un mariage privé/public, et en stigmatisant un peu, chacun sa province (ou son bout de province) et à eux d'attirer les meilleurs candidats. Mais si vous êtes sur le brabant, vous n'avez qu'un seul choix, à moins de déménager. Avec notre petit plan financier sous le bras, recherchant à l'époque 150k en pensant être les rois de l'univers avec si peu, la réaction fût plutôt intéressante. Sur le fond, ils aiment le projet mais n'investiront pas, et sur la forme, si l'on cherche si peu d'argent on ne va pas voir un investisseur, on demande de l'argent à ses amis et ses proches.

Un peu choqués, parce que 150k ce n'est pas rien tout de même en y réfléchissant, après ces années, on se dit qu'ils avaient probablement raison. Prenez 150k, engagez 2 ou 3 personnes, et regardez l'état de vos finances en fin d'année... c'est la déprime assurée. Pour des sommes de 50 ou 100k, cela signifie souvent 2 à 3 employés maximum, et pourtant vous allez chercher pendant des mois vos fonds. La conclusion? Faites le travail pour lequel vous alliez payer votre employé, et commencez tout de suite, vous aurez non seulement toujours vos 100% de la société, et en plus vous aurez gagné du temps. Réfléchissez-y avant de chercher le moindre euro.

Après avoir perdu plusieurs mois à chercher des fonds, de lassitude nous décidons de lancer la société avec des fonds très réduits, et une envergure moindre, tout en gardant un oeil sur certaines possibilités de financement.

Et le premier tour externe?

Ne considérant pas vraiment David comme un premier tour, après une petite année d'activité, on progresse, mais on a besoin de fonds pour continuer, et un procès inutile (j'en reparlerai sûrement) effraie les quelques investisseurs technologiques sur le marché. Nous réalisons donc une importante levée, totalement privée, sans bouleverser majoritairement l'actionnariat en cours. Pour avoir un repère, la société doit avoir à cette période un capital total d'environ 400k.

On continue donc sur notre lancée, avec un peu plus de moyens, et un premier salaire pour Marc et moi (oui, cela fait plus d'un an que l'on travaille sans salaire, elle est belle la vie d'entrepreneur, non?). Pas énorme, mais suffisant pour payer les frais, et continuer à travailler sur notre bébé.

Un an plus tard, on entend parler d'un fond, Internet Attitude, via Mateusz, et il s'avère que l'on y connaît déjà quelques personnes. Me disant comme d'habitude qu'un rendez-vous ne coûte pas cher, et qu'on a rien à perdre, alors que l'on est pas encore dans le rouge on commence à discuter avec ce fond, pour voir si ils sont éventuellement intéressés.

Freedelity + IA

Je vous passe les détails des autres rencontres sur ces années, dont la tentative de rachat par un groupe de presse qui s'est soldée par un désaccord total sur les conditions. Et je m'attarde un peu sur l'arrivée de IA, fond privé d'investissement dans notre startup. Avec une entrée dans le capital, et une nouvelle et belle augmentation de celui-ci, nous prenons un deuxième envol, plus sûr de nos premiers résultats, en engageant plusieurs nouveaux collaborateurs (nous sommes 10 actuellement).

Ce que l'on a apprécié avec IA, c'est que ce ne sont pas des actionnaires dormants. Ils participent, essaient à leur manière d'apporter une contribution à l'édifice, que ce soit via des conseils ou des relations. Cela paie à divers niveaux, et il faut avouer que cela nous aura plutôt bien réussi jusqu'ici. Une bonne collaboration, et une bonne rencontre, en prenant le positif de chaque relation. Si vous avez un projet déjà un peu mûr, et qui demande des fonds, n'hésitez pas à au moins les rencontrer. Ce n'est pas du capital à risque tel que l'on en rêve et inspiré des états-unis, mais c'est ce qui s'en rapproche le plus pour des fonds un peu plus élevés chez nous.

Ce qu'il faut noter aussi avec l'arrivée d'un fond externe, c'est que certaines procédures changent. Un conseil d'administration à la bonne franquette se voit un peu plus professionnel. Et bien que les premières fois on se demande pourquoi on perd du temps à préparer tous ces reporting sur l'évolution de la société, en reprenant les présentations plus tard on se rend compte que c'est plus important qu'il n'y paraît de parfois tout mettre à plat et de voir si la direction est toujours la bonne. Pas amusant, mais instructif, et donc certainement capital.

On peut créer en Belgique donc?

Alors oui, certes, il manque de fonds pour financer les startups, certes il manque du vrai capital à risque, et encore plus certes il manque de structures pour aider les jeunes pousses. Mais aujourd'hui il manque surtout de jeunes pousses qui osent prendre des risques, pas inconsidérés, mais prendre des risques pour une passion, un rêve, une idée.

Et ceux qui y sont passés ne me contrediront pas, il faut aussi absolument que l'on apprenne à donner un droit à l'échec. Echouer n'est pas la fin d'une carrière, ce n'en est qu'une étape pour encore mieux créer, pour autant que la société et les partenaires privés ne vous mettent pas tous au banc.

Sébastien
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